Carnet de route
16 juillet 2015
19 juillet
Karlstad - Gesunda
334 km
Promenade matinale avant le petit-déjeuner, dans un air frais. Je reste interdit apercevant deux nageurs dans le lac Vänen dans une eau à 15 C°. Le plus âgé, sans combinaison, vient de sortir du sauna et, à 80 ans passé, pratique cet exercice tous les jours de l'année, dans le lac ou dans la piscine attenante au sauna, dont l'eau est également à 15 C°!
Temps ensoleillé mais légèrement frais. Je ne porte qu'un simple undershirt sous la veste de la combinaison, mais le protège cou devient indispensable.
La route E45 s'enfonce à l'intérieur du pays longeant une succession de lacs bordés de magnifiques forêts. Nous ne pouvons pas nous arrêter à chaque nouvel enchantement d'autant que nous avons pris beaucoup de retard ce matin.
Nous attrapons la pluie en fin de journée, et m'aperçois de la défection de mon feu de route. Pas trop grave car nous sommes pratiquement arrivés et, désormais, la nuit met plus de temps à tomber.
Angel a réservé une belle Stuga (cabane plus ou moins grande servant de résidence secondaire) aux couleurs traditionnelles.
Dîner au pub local, désert, dont les deux propriétaires sont également des joueurs de guitare et de mandoline. Angel se joint à eux dans une atmosphère bon enfant.
Tendres souvenirs d'Opa.
Retour à la stuga et attaque des premiers moustiques.
J'appelle Inge et nos filles. Encore de l'inquiétude au son des voix.
20 juillet
Gesunda - Lit
419 km
Nous avons désormais bien pris en mains notre organisation des bagages et le chargement des motos. Nos départs sont plus rapides. En outre, je ne constate aucune douleur dans le dos; ma ceinture lombaire et le dossier y contribuent certainement, ainsi que les exercices musculaires pratiqués quotidiennement au réveil.
Arrêt à Mora, ville de taille moyenne joliment située au bord d'un lac.
Visite du musée et de la maison d'Anders Zorn (1860 - 1920), l'un des peintres les plus renommés de Suède.
De très belles aquarelles et portraits.
L'un des tableaux préférés du peintre me rappelle une photo d'Inge en dirndl dans une forêt près de Lienz, photo que je garde précieusement.
Célèbre de son vivant, Zorn a dépensé une partie de sa fortune pour richement doter sa maison. Rappelle la demeure de Jim Thomson à Bangkok.
Mora est également connue pour être la ligne d'arrivée de la Vasaloppet; course annuelle de ski de fond sur 90 km réunissant plus de 11´000 participants.
À quelques kilomètres de là, le village de Nusnäs est connu pour être le lieu de fabrication des célèbres chevaux colorés de la région de Dala. Visite de 2 ateliers et admiration de ce travail manuel.
Nous reprenons la E45 vers le nord, en longeant le lac d'Orsa.
Depuis Mora, la circulation se fait plus rare. La plupart des véhicules sont des mobile-homes et des caravanes. Les plaques d'immatriculation sont suédoises ou norvégiennes. Aucun touriste étranger, à l'exception de l'occasionnel allemand ou hollandais de service.
Averses passagères.
Super chevauchée de 200 km presque seuls sur cette route asphaltée au sein de la forêt; et pourtant la E 45 constitue le principal axe routier à l'intérieur du pays.
Le pays est grand: quasiment la taille de la France (450'000 km2) avec une population de moins de 10 millions d'habitants. La densité est 10 fois inférieure à celle de la Suisse: 22 habitants au km2; et encore moins dans le nord.
Nous avons quitté Mora tard, et la route est longue. Je n'ai qu'un sous-vêtement sous ma veste et, vers 21 heures, la combinaison de l'humidité, de la chute des températures et de la vitesse devient désagréable.
Pour compenser, le spectacle est magique, avec un soleil qui n'en finit pas de se coucher, jouant à cache-cache dans la forêt puis allumant les lacs aux couleurs tantôt argentées, tantôt dorées tandis que le ciel se pare de ses plus beaux atours: bleu, mauve, indigo, rose.
Les bords de route sont également richement fleuris avec une dominance de lupiners, plantes de toute beauté aux différents tons de bleu, que j'avais déjà eu l'occasion d'admirer au Chelsea flower show.
Arrivée vers 23:30. Nous sommes accueillis de manière fort sympathique par la famille Hansson, qui nous loge dans une stuga sur leur propriété.
21 juillet
Lit - Umeå
398 km
Voilà l'une des raisons essentielles de ce voyage: la rencontre, même brève, avec des gens ordinaires qui vous laissent un souvenir extraordinaire pour le reste de vos jours.
Je les ai croisés sous toutes les latitudes; en Nubie, Birmanie, Nouvelle-Calédonie, Éthiopie, Chili, Autriche, Irlande et sous bien d'autres cieux; sous tous les régimes politiques; de toute race, religion, éducation et condition sociale.
Dans leur regard, leur manière de vous accueillir, la douceur de leurs gestes, leur humble sourire, la pureté de leurs intentions, l'on détecte facilement, sans avoir besoin d'échanger le moindre mot, la croyance dans le même amour et la certitude (ou l'espérance) du monde à venir, dans lequel les valeurs universelles auxquelles ils croient seront lois.
J'ai profondément aimé cette rencontre avec Hans-Erik et Brittmarie qui nous ont logés pour une nuit et nous ont offert ce moment de bonheur le lendemain matin.
Le bleu si doux de leurs yeux est celui de leur ciel d'été.
Qu'il est réconfortant de croiser ces regards qui se posent sur vous, compensant le triste souvenir de ces yeux durs, cyniques, reflets des turpitudes de tant d'interlocuteurs, en particulier dans le monde des affaires.
Après cette rencontre, et le cadre magique et silencieux qui défile devant la moto, la prière matinale est celle de l'enfant dont je n'ai jamais lâché la main.
La route quasi déserte me permet de mettre en pratique les conseils d'Angel pour une conduite plus rapide, sûre, souple et économique.
J'aime ainsi apprendre lorsque les explications sont claires et convaincantes.
Si la différence de consommation d'essence s'explique par le poids de la moto (et du passager), en revanche, le mystère demeure sur la différence kilométrique systématique entre le compteur d'Angel et le mien: environ 4% en plus pour moi.
24 juillet
Piteå - Jukkasjärvi
484 km
Arrêt rapide à Luleå pour faire réparer le phare de la Harley.
Dès la sortie de la ville, et jusqu'à Kiruna, nous ne croiserons plus beaucoup de véhicules, à l'exception du trafic local, et encore moins de motos.
Curiosité à Harads: dans cette bourgade perdue, un architecte a eu l'idée de construire un hôtel de 6 chambres au milieu de la forêt, avec une particularité: toutes les chambres sont des cabanes suspendues dans les arbres; et chacune est différente.
Ma préférée: un cube dont les parois en miroir reflètent la forêt alentour.
Un léger inconvénient dans cette superbe forêt de bouleaux: les moustiques. J'enfile ma cagoule pour la visite.
Depuis hier, Angel insiste pour rejoindre Tromsø en contournant Kiruna. Motif: d'après les personnes qu'il interroge en avançant, la route comporte de longues sections en terre, avec de grosses pierres; et la pluie menace.
Je ne suis pas prêt d'abandonner mon itinéraire si facilement. Je ne m'y résoudrai qu'en dernier recours; hors de question de jeter l'éponge sans avoir essayé.
Non par entêtement; mais pour l'avoir traversé en train à l'époque, et d'après ma préparation, ce trajet à travers la montagne est splendide. En outre, nous avons une réservation à côté de Kiruna.
Certes, nous ne disposons pas de motos idéales (celle d'Angel est une routière BMW K 1200 SR); mais, après tout, cela fait partie de l'aventure. En outre, puisque lesdites sections sont en travaux nuits et jours, en cas de problème, je demanderai de l'aide à un conducteur d'engin pour nous aider à traverser.
Et maintenant la pluie, m'annonce t'il! Je lui demande aimablement de réfréner son pessimisme. Il va finir par nous porter poisse. Avançons et arrêtons de questionner les personnes rencontrées en chemin.
Naît-on pessimiste ou le devient-on?
Finalement, Angel se calme et m'annoncera le lendemain n'avoir pas regretté cette tentative car le paysage de part et d'autre de Kiruna était vraiment à la hauteur de nos attentes.
Arrivent les fameuses sections en travaux. En réalité, seule la troisième présente une difficulté de par sa longueur: 13 km. Maintenir l'équilibre avec des motos lourdes et non adaptées au tout terrain nécessite une forte concentration, une bonne prise en mains et deux jambes écartées prêtes à parer à toute chute.
Nous nous en sortons brillamment.
Passage du cercle polaire à 18:00. Rapide séance de photos car les moustiques se ruent sur les seuls humains à se mettre sous le dard.
Peu après, deux belles rencontres compensent ces épreuves: d'abord un jeune élan, déambulant au milieu de la chaussée avant de s'enfoncer dédaigneusement dans la forêt, avec un air du type "même pas peur", puis un rêne que je réussis à photographier.
Arrivée tardive sur le site réservé: six cabanes en bois au milieu d'une forêt de bouleaux et sapins. Problème: ni drap ni eau courante. La cabane des toilettes est à plus de 50 mètres de ma modeste hutte et le passage est gardé par des moustiques vigilants.
J'ai rarement eu aussi souvent besoin de satisfaire un besoin naturel que cette nuit-là.
J'admets avoir expédié par la porte un peu de moi-même, à plusieurs reprises, avec l'aide d'un supposé bourdalou. Les moustiques en ont été pour leurs frais.
Visite du musée d'Inari sur la culture sami. Intéressant.
351 km
510 km
Il est tellement plus facile d'accepter ses propres souffrances que celles de ses enfants.